« L’Homme caché »: un premier roman emblématique.

Pour son premier roman Pierre Cendors  avait choisi de narrer la vie du romancier et poète Endsen, disparu à Prague dans d’étranges circonstances.  Construit en quatre parties, l’eau-de-là, sur la mer, la 11e lettre et cendres d’aube, L’Homme caché révèle une écriture romanesque qui travaille autant le schéma narratif que la phrase elle-même.

C’est une véritable enquête à laquelle se livre le narrateur pour retrouver ce qu’a été la vie du poète Endsen. Personnage fugitif, traqué, Endsen semble s’évanouir à chaque page. Dès sa présentation le mystère est construit : «Peu ont connu Endsen de son vivant. » Par cette première phrase le romancier s’attache, autant que le narrateur, à détruire l’identité du personnage. C’est un travail d’écriture élaborée au passé, qui dresse en contrepoint la figure d’un personnage voué à l’anonymat et  à la clandestinité, mais qui incarne la liberté. Le contexte historique dans lequel il est placé, les bouleversements dans la ville de Prague, la survie sous un gouvernement qui pratique le secret permettent de suivre son parcours avec curiosité, et angoisse.

Pour ce faire, Pierre Cendors  joue sur l’alternance de récits imbriqués dans d’autres récits, des confidences, la découverte de lettres que personne n’eût jamais dû découvrir. Cette construction en labyrinthe qui renvoie au labyrinthe de la ville de Prague renvoie à un autre travail de dissimulation. Le romancier lui-même déjoue toutes velléités du lecteur à vouloir expliquer ce roman par toute autre source.  La citation d’Orson Welles : « si nous cherchons quelque chose, le labyrinthe est l’endroit le plus favorable à la recherche » donne une clé non seulement pour le roman mais aussi sur le travail d’écriture de Pierre Cendors. Car ce premier roman, qui s’attache à fixer des repères chronologiques apparents, des lieux géographiques indiscutables, construit le mythe d’un écrivain qui lui aussi se cache. Il semblerait que le personnage d’Endsen, voué à la clandestinité, ait quelque affinité avec le romancier lui-même, présenté de façon énigmatique par la supposée mise en garde d’un éditeur reproduite en post- face.

Tout est un jeu méticuleusement élaboré pour renouveler ce face – à – face avec l’écriture, et rien que face à elle. Et c’est au lecteur de trouver sa voie à travers ce labyrinthe d’intrigues qui s’entrecroisent. L’Homme caché, travaillé dans  une  prose particulièrement soignée, est un roman à clés. Il introduit brillamment à l’univers de Pierre Cendors dont les personnages acquièrent une identité par un singulier phénomène de reflet, d’échos et de coïncidences d’un roman à l’autre . C’est peut-être là l’alchimie si particulière de l’ univers de Pierre Cendors, une construction scrupuleuse qui s’esquive mais sous tend dèjà tous les univers possibles des romans à venir.

Pierre Cendors, L’Homme caché, Editions Finitude.

Dominique Grimardia

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