LE POP ART, UN ART PAS SI POP

Imaginons une société de l’abondance qui déverse pêle-mêle ses images et ses mythes dans un joyeux désordre. Avec enthousiasme ale monde anglo-saxon des années 5O entasse, dans son caddy de consommateur fou, Marylin, du potage Campbell, des B.D., des bêtes empaillées et de fameuses bouteilles. C’est le temps des jours heureux et de la récréation.
D’une certaine manière rien depuis les premières expositions des impressionnistes n’avait suscité un tel impact sur l’art que les premières expositions du pop Art à la fin des années cinquante. Cette vision est devenue un phénomène caractérisé par le fait que les artistes comme Roy Lichenstein, David Hockney, Peter Blake, Richard Hamilton, Andy Warhol et sa factory se sont réappropriés des images, des « Icônes » des médias, comme Marylin Monroe, des bandes dessinées, des publicités, et des produits de grande consommation. Le Pop Art naquit en Angleterre avec les expositions « Collage and Objects » (1954) et « Man, Machine & Motion » (1956) à l’institut d’Art Contemporain de Londres, en particulier lors de l’apport de Richard Hamilton à « This is Tomorrow », présenté à la galerie d’art Whitechapel en 1955. La diversité fut l’une des caractéristiques les plus intéressantes du pop art. Jim Dine, par exemple s’inspirait directement du Dadaïsme dans son tableau « Three Panel Study for Child’s Room » (1962).

Richard Hamilton esquisse une pin-up monochrome reléguée à l’arrière plan d’un grille-pain chromé, ou emprunte à un film de série B des anti-héros au sourire niais. Peter blake, de collage en collage, livre une anthologie des rêves féminins. Les cartes postales et clichés naïfs s’accumulent et dressent a posteriori une véritable typologie des mythes des fleurs bleues de cet âge heureux, entre naïveté populaire et sophistication de stars hollywoodiennes.
L’un des éléments récurrents du pop art consiste dans l’utilisation d’images déjà existantes, et les techniques de reproduction, comme le fit Andy Wharhol avec sa série «Silkscreen prints » avec Marilyn Monroe ou bien « Green Coca-Cola Bottles ». Le pop art file la paraphrase, comme d’autres la métaphore.

Emotionnel et populaire le pop art est l’art ne du consumérisme fou de « l’apres-guerre », un pied de nez au matérialisme de la société

L’histoire originelle de ce mouvement artistique n’est pas newyorkaise, mais anglaise. Il y eut évidemment les « Five » pop artistes américains, Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Andy Warhol, James Rosenquist et Tom Wesselmann, mais nombreux sont ceux qui furent de ce mouvement comme Jasper Johns et Robert Rauschenberg, des artistes qui firent évoluer le pop art plutôt avec des collages et la peinture. D’autres venaient du cercle de la galerie Reuben notamment Georges Segal, Jim Dine et Robert Indiana. D’autres galeries valorisèrent ce mouvement : la galerie de Richard Bellamy, la Green Gallery qui présenta Oldenburg, Rosenquist et Wesselman. Leo Castelli, quant à lui, présentait Roy Lichenstein.
Toutefois ce courant avait aussi ses détracteurs. John Canada du New York Times, les fustigea et cria au « whole business » et à la fraude à l’art. Effectivement le Pop Art n’est pas à strictement parler un simple mouvement, mais peut être analysé comme un foisonnement de créations, au travers duquel se trouvait pêle-mêle de la peinture, de la sculpture, de la photographie, des photos de presse, du stylisme automobile, des films de Hollywood et de la science-fiction. Et bien qu’initialement des critiques comme Harold Rosenberg aient décrié cette mouvance, le succès, que suscita cette nouvelle forme d’expression chez le public, fit taire les réticences.
Les approches furent différentes selon les artistes. Jasper John n’hésita pas à faire une sculpture représentant deux cannettes de bières, au titre original de « Two Beer Can » (1960) et fondue en bronze. Le Royal Collège eut une grande influence. Patrick Caufield, David Hockney, Richard Hamilton,Joe Tilson, Len Deighten, nos «five» britanniques, furent rejoints par Derek Boshier, Norman Toynton, Eduardo Paolozzi, Reyner Banham, Nigel Hendersen, John hodges, Roger Coleman et Richard Smith. Ce mouvement fut aussi riche en Europe q’aux Etats-Unis.
D’une certaine manière l’analyse du succès du Pop Art se fit dans un marché de l’Art en pleine mutation, ce qui entraîna une formidable mutation des musées, galeries et magazines dédiés. Il est certain que le marché de l’art étant mieux organisé aux États-Unis, la cote des artistes américains fut plus importante, ce qui mit plus en valeur le travail d’artistes comme Andy Warhol dont, paradoxalement, plus les œuvres montraient systématiquement des produits de grande consommation, des produits alimentaires ou des stars du système hollywoodien, plus la cote progressait. Cette surproduction ne faisait pas baisser les prix, bien qu’il s’agît en l’occurrence d’un travail de création qui permit une transition entre « l’Art » et l’art que certains considérèrent comme commercial. Et c’était parfaitement logique dans le cadre d’une logique, qui aboutit à l’une de ses plus célèbres créations : les images de la soupe « Campbell ». Avec le pop art, l’art s’est récréé, en prise direct sur le réel, frénétique et boulimique. Il reduplique avec une distance non distante le monde et les objets. Il dresse des icônes à toute vitesse, aspiré par l’euphorie de cette civilisation frénétique.
Texte de Marie Combes
Livre Pop par Mark Francis 304 pages Editeur: Phaidon
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